Biographie de Corneille | Bibliographie de Corneille
Pierre Corneille est né à Rouen le 6 juin 1606. Son père était maître des eaux et forêts et sa mère, fille d'un avocat. Aîné de cinq frères et sœurs, il fait ses études au Collège des Jésuites de Rouen. Il y découvre la rhétorique latine, les héros de l'Antiquité et le théâtre. Il devient avocat en 1628, non par vocation mais pour faire plaisir à son père, qui lui achète deux modestes charges dont il s’occupera jusqu'en 1651. Trop timide pour plaider, il préférera très vite s'orienter vers une carrière poétique et dramatique. Il écrit sa première comédie en 1629, inventant la comédie de caractère, remplaçant la farce rudimentaire en vogue par des textes inspirés de la vie des honnêtes gens. De 1630 à 1636, il écrit cinq nouvelles comédies et contribue ainsi à réhabiliter un genre jugé secondaire. Alors qu'on reproche au genre comique ses outrances et sa vulgarité, Corneille réussit à emprunter une voie qui refuse le grotesque pour privilégier la peinture des caractères et des mœurs. En 1633, âgé de vingt-sept ans, il publie Mélite ou Les Fausses Lettres, inspirée d’un amour malheureux avec une grande dame de Rouen, appelée Madame du Pont. Cette comédie connaît un succès suffisant pour décider Corneille, qui n'a alors que vingt-trois ans, à entreprendre une carrière théâtrale. En 1635, il aborde la tragédie avec Médée, et compose l'Illusion comique. Les pièces de Corneille sont des tragi-comédies écrites dans un langage riche, sonore et efficace. Ayant trouvé un genre qui lui convenait, il en écrira dix-sept. En 1641, Le Cid, créée au début de l'année 1637, annonce le début de grands succès. Corneille épouse Marie de Lempérière, qui lui donne six enfants et quittera Rouen pour ne revenir s'installer à Paris qu’en 1662. Les années quarante sont les années de gloire de Corneille. Célébré par le public, reconnu par ses pairs, financé par le pouvoir, il connaît une décennie éclatante. En 1642, la tragédie Cinna lui apporte la consécration. Corneille apparaît alors comme le plus grand poète dramatique de son temps. On le qualifie même de « Sophocle français ». De 1643 à 1651, le théâtre cornélien reflète à sa manière la crise d'identité que traverse la France sous la régence d'Anne d'Autriche. En 1647, Corneille est reçu à l'Académie française. De 1651 à 1659, il se détourne momentanément du théâtre et se consacre à la traduction en vers de l'Imitation de Jésus-Christ que lui commandèrent les jésuites. En 1667, Corneille voit apparaître un terrible rival. Racine connaît avec Andromaque, un triomphe qui n'est pas sans rappeler celui du Cid, trente ans plus tôt. En 1670, les deux auteurs se trouvent en concurrence lorsqu'ils créent simultanément une pièce sur le même thème. Racine triomphe avec son Andromaque, tandis que le Tite et Bérénice de Corneille ne rencontre qu'un succès mitigé. Face à ces drames complexes s’oppose la simplicité racinienne qui séduit le public. Corneille n'écrira plus dès 1674. Le théâtre de Corneille présente des héros d'une rare grandeur, confrontés à des situations nécessitant des choix difficiles. L'honneur, le devoir, l'élévation de pensée sont les qualités de ses personnages. Modèle incontesté de ses pairs au milieu du siècle, Pierre Corneille n’a de cesse d’innover tout au long de sa carrière. Il utilise la démesure dans sa peinture des caractères. Le comique y naît des personnages et non de situations stéréotypées. Tour à tour condamné par Boileau et Voltaire, réhabilité en partie par Hugo, Corneille souffre de leurs considérations partielles qui masquent la richesse de son oeuvre. Elle est à la fois politique et universelle dans ses rapports à l’Histoire : relations entre morale et pouvoir, justice et injustice, rôle du monarque ou du prince. Le héros cornélien est un homme excessif, toujours en quête d’un absolu transcendant l’égoïsme et la lâcheté. Contrairement au héros romantique, marginal et révolté, il s’inscrit dans un groupe social dont il est le parfait représentant. Il est partagé entre l’amour et l’honneur : c’est le fameux « dilemme cornélien ». Malgré la gloire, Corneille vécut pauvrement. Boileau, qui fut pourtant un illustre critique opposant de Corneille, voyant la pauvreté dans laquelle Corneille vivait, fut profondément touché et demanda au Roi, Louis XIV, de réparer cette injustice en lui versant sa propre pension. Le 1er octobre 1684, Corneille mourut à Paris, à l’âge de soixante-dix-huit ans. Son frère Thomas lui succéda à l'Académie française. Racine prononça un superbe éloge. |